
Auteur: Tiago Canhoto www.olhares.com

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Eloge a Cercal do Alentejo
Eloge d’un village. Pourquoi me priverais-je de faire l’éloge
d’un village ?! De ces villages anciens qui remontent le temps
avec un silence rempli d’amour pour ses enfants. Un village
berceau car, ce n’est autre que le lieu de ma naissance.
Dans le temps, on entendait le cri des enfants dans les jardins,
dans les rues et, même à l’intérieur de leurs maisons. Ces cris
perçaient le ciel; les cigognes restaient à leur écoute assises
sur leurs nids.
C’était un village riche d’enfants et de leurs familles. Riche de
vieux que l’on respectait et aimait. Même ceux qui n’avaient
aucun lieu familial avec nous.
Comme tout village ou petite ville, il y avait l’église bien sûr
avec son beau clocher ; la maison du curé avec sa bonne pas
très loin de chez ma grand-mère. On disait que l’Alentejo était
marxiste (ceci encore au temps du fascisme) !
Tout le village n’était pas présent à la messe du Dimanche.
Mais, à l’église il y avait des sièges attitrés pour les riches et
des bancs pour les autres!
J’allais à la messe et chaque dimanche me valait une « perte de
connaissance ». C’était un malaise provoqué par l’odeur des
bougies !
Je m’en souviens du Docteur Vieira le pharmacien. J’adorais
aller chez lui chercher « l’ovomaltine » pour mon petit
déjeuner, ou la petite boîte de vaseline pour adoucir les mains
de ma grand-mère.
Ce qui me plaisait le plus c’était de me rendre à l’épicerie fine
de Monsieur Pancadinhas, qui se trouvait près de l’église. Je
demandais : S’il vous plaît donnez-moi 250 grammes de
« Bolachas de agua e sal, 250 grammes e Bolachas Maria e,
250 gramas de manteiga meio sal »-(Bolachas ce sont des
petits gâteaux portugais sucrés os salés )…
Il me servait “illico presto”, en me disant: je mettrais sur le
compte, faîtes mes amitiés à vous parents !
Je repartais heureuse à la maison en mettant le nez dans les
endroits par où je passais !
Cette vie presque intime me convenait dans l’enfance. Je me
promenais entre riches et pauvres sans jamais leur demander
leur curriculum ni combien d’argent ils avaient. Aucune porte
ne se fermait à mon passage!
J’aimais me rendre à la librairie dans la rue principale puis,
visiter tous les commerçants fort sympathiques. Par exemple,
il y avait un magasin de chaussures et, maman m’envoyait
pour choisir des chaussures « à mon pied ». Après avoir fait
le tri et choisi, je rentrais à la maison avec plusieurs boîtes
pour que maman effectue le choix
final ! (agréable non ?!)
Je garde en mémoire trois cafés. Le Cantinho,
celui de Monsieur
Pancadinhas et l’autre prés de l’arrêt des autobus. J’aimais y
entrer souvent dans le second, assez dans le troisième ( pour
regarder les voyageurs) et rarement dans le premier. Ceci, parce
que le café « Cantinho » avait des mouches qui se promenaient
sur les pâtisseries !
Lors des maladies il y avait deux cabinets de médecins : le docteur
Avelar (dont les enfants étaient mes amis et avec qui je jouais) et
le docteur Macedo dont la femme allait souvent chez moi. Le
premier me suivait depuis toujours. Je l’aimais mais, il me faisait
peur. Quand j’allais en consultation je regardais une publicité pour
le lait maternel qui m’inspirait. C’était un beau bébé, blond comme
je les aimais. Par contre, je détestais le crachoir à l’entrée de la salle
d’attente. Chaque fois qu’un grossier client arrivait, il poussait avec
le pied le bouton du crachoir et puis « crash » ! J’avais une sensation
horrible en ces moments là…
Le vétérinaire était le cousin João Botelho. J’y allais souvent chez lui
jouer avec ses filles et il nous amenait sur les routes intérieures
d’Alentejo. C’était un bon vivant !
En dehors de ma famille proche « riche ou pauvre), j’étais attirée par
beaucoup de personnages, comme par exemple la Ti Etelvina petite
femme à tablier qui vendait du lait porte à porte, mais aussi des sucettes
à un sou pour les enfants. Je m’en souviens aussi d’un monsieur assez
petit
à cheveux blancs et grosses lunettes qui se promenait dans les rues
avec sa petite charrette et vendait des sorbets, des cacahuètes, des
bonbons et même des journaux. On l’appelait « le petit aveugle » et
ma grand-mère me disait qu’il avait un prénom donc, de ne pas rigoler
avec les défauts des gens !
Le village avait un marché couvert où nous allions très peu car, papa
achetait des produits frais en quantité directement chez les producteurs.
Par ailleurs mon père adorait nourrir et caresser son jardin. Nous avions
quelques produits directement de chez nous.
Les fruits venait de Cerca Grande c’est à dire « Grande ferme » qui se
trouvait à peine à dix minutes de chez nous. Ce qui m’attirait chez les
fermiers c’était l’âne ou le cheval tournant autour de la noria. Si vous
saviez comme c’est enrichissant pour un enfant de toucher la terre,
l’homme et tous les produits qui jaillissent du sol pour nous nourrir…
Là aussi il y avait des histoires d’hommes et histoires d’eau. Cela vous
rappelle quelque chose ? Peut-être un film avec Yves Montant…Vous
savez, dans chaque pays il y a des histoires qui se ressemblent !
Mais, parmi les choses que j’ai gardées en mémoire il y a
ces femmes du sud portant les chevaux attachés comme un
escargot, assises sur le pas de la porte regardant les autres,
reposant leur tête ou tricotant parfois, ces êtres en pleine
communion avec le village pour qui le soleil, la chaleur,
l’ombre semblaient se lier à elles. Un rien les surprenait :
une mouche, une abeille, le chant d’un petit oiseau ; elles
laissaient passer le temps devant leur regard, comme si le
temps n’avait pas d’importance !
à tante Luisa (sœur da mamie), à Madame Soledade (la voisine
qui passait son temps chez mes grands parents), à la cousine
de ma grand-mère dont la maison était mitoyenne de la sienne,
aux gens qui travaillaient la terre, aux artisans- de cuir, de terre
cuite, de chaussures, à tous ces métiers presque disparus avec
la fabrication en masse,!
à mes amies : Miza, Bibi, Gigi,
Isabel, Antonia
et toutes les autres, éloge, éloge et éloge à notre village
et, au temps de notre enfance.
Rosario Duarte da Costa
Copyright
04/03/2010
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