Partager l'article ! Les poèmes révolutionnent la société de Benoist Magnat, spécial Haïti: Un Grand merci à Albano Cordeiro ...
Un Grand merci à Albano Cordeiro qui m'a adressé ces poèmes sur Haiti, pour entretenir notre amitié et montrer notre solidarité
au monde!
Rosario Duarte da Costa
28/01/2010
To: "Undisclosed-Recipient:;"@orange.fr
Subject: Les poèmes révolutionnent la société de Benoist Magnat, spécial Haïti
Date: Fri, 22 Jan 2010 07:21:19 +0100
de Benoist
Magnat
poème dédié à Haïti
Le
tremblement de la vaisselle
l’immense
faille où je disparais
l’écroulement avec l’énorme
bruit
qui
s’étouffe en quelques secondes
le noir
absolu et le silence
enterré
vivant
je suis
le chien de la niche obscure
Des
heures de conscience absolue
compter
inlassablement les membres de sa famille
compter
encore et toujours ses amis et ses voisins
Sont-ils
en vie ?
Enterré
avant de mourir
dire au
silence des mots incompréhensibles
crier
crier crier comme un seul cri
avoir
soif avoir faim
et
s’endormir sans s’en rendre compte
se
réveiller d’un cauchemar
et ce
n’est pas un rêve
reprendre
le chemin de la solitude
A demi
conscient une lumière aveuglante
des
bruits de vie des serrements
de l’eau
de l’eau qui coule
sur la
peau dans la bouche
et tout à
coup la conscience
d’être
vivant
Mon corps
tremble un tremblement de moi
un
tremblement de terre
Mes cris
étouffés sortent des ténèbres
et ma
mère et mon frère et ma sœur et
un seul
cri pour dire « Où sont-ils ? »
et là le
silence du monde
s’écroule
sur moi
Benoist
Magnat
écrit le
19 janvier 2010
Nous,
les extravagants, les bohèmes, les fous,
Nous
qui aimons les filles,
les liqueurs fortes,
la nudité
mouvante des tables
où s’érige, phallus,
le cornet à dés.
Nous,
qui aimons tout,
tout :
L’église,
la taverne,
l’antique,
le moderne,
la théosophie,
le cubisme.
Nous
aux cœurs
puissants comme des moteurs
qui aimons
les combats de coqs
les soirs élégiaques,
le
vrombissement des abeilles
dans les matins d’or,
la mélodie sauvage du
tam-tam,
l’harmonie rauque des klaxons,
la nostalgie poignante des
banjos.
Nous,
les fous, les poètes,
nous
qui écrivons nos vers
les plus tendres dans des bouges
et qui lisons l’Imitation dans les
dancings.
Nous
qui n’apportons point la paix,
mais le poignard
triste
de notre plume
et l’encre rouge de notre cœur.
(Pages retrouvées)
Carl Brouard
(1902-1965)
Bois d'Ebène
(extraits)
Si l'été est pluvieux et morne
si le ciel voile
l'étang d'une paupière de nuage
si la palme se dénoue en haillons
si les
arbres sont d'orgueil et noirs dans le vent et la brume
si le vent rabat
vers la savane un lambeau de chant funèbre
si l'ombre s'accroupit autour du
foyer éteint
si une voilure d'ailes sauvages emporte l'île vers les
naufrages
si le crépuscule noie l'envol déchiré d'un dernier mouchoir
et
si le cri blesse l'oiseau
tu partiras
abandonnant ton village
sa
lagune et ses raisins amers
la trace de tes pas dans ses sables le reflet
d'un songe au fond d'un puits
et la vieille tour attachée au tournant du
chemin
comme un chien fidèle au bout de la laisse et qui aboie dans le soir
un appel fêlé dans les herbages?
Nègre colporteur de révolte
tu
connais les chemins du monde
depuis que tu fus vendu en Guinéenne lumière
chavirée t'appelle
une pirogue livide
échouée dans la suie d'un ciel de
faubourg
Myrtha
Hall
Pour célébrer la
terre
Verte
et fraîche
hors de la nuit
Arrachée verte et fraîche
à la nuit
Pour célébrer la terre
hors du lit de la nuit
où dormait la nuit
molle et douce dans chaque creux de la terre
La nuit comblait chaque
creux de la terre
coulant jusqu'au profond de chaque ravin
le long de
toutes pentes
Et chaque pente surélevée
chaque doux mamelon de
colline
toutes les montagnes brandies le jour comme un cri
chaque pente
chaque montagne
étaient enveloppées par la nuit
enveloppées par la nuit
prises dans la pesanteur mouillée
des bras de la nuit
la terre
entière
dans ses creux
dans ses collines
enveloppée dans la
pesanteur mouillée de la nuit
Pour célébrer la terre hors de la nuit
verte et fraîche
mille rayons clairs debout
derrière d'autres mornes
jusqu'à d'autres rayons clairs
derrière d'autres mornes
mille
rayons clairs
de mornes à mornes
dentelés
dans les rayons clairs
mille par mille rayons clairs
font une tente de clarté
au-dessus
des creux profonds
arrachés à la nuit
au-dessus des creux profonds
hors de la nuit
au-dessus des creux
entre les mornes
crêtés de
rayons clairs
hors du creux profond de la nuit
hors du creux noir et
mouillé de la nuit
dans un creux profond des mornes
dans un creux
entre mornes crêtés et rayons clairs
dans un creux hors de la nuit
hors de la mollesse ouverte
profonde et mouillée de la nuit
Dans
un creux profond de mornes
dans un creux de clarté
de tentes de la
clarté
un arbre seul
pour célébrer la terre
un arbre seul
dur et droit
que cachait la nuit (...)
Roger Dorsinville
(1911-1992)
Jean
Idelus Edme
Marabout de mon coeur...
(Extraits)
Marabout de mon coeur aux seins de mandarine,
tu m'es
plus savoureux que crabe en aubergine.
Tu es un afiba dedans mon calalou,
le doumboueil de mon pois, mon thé de z'herbe à clou.
Tu es le boeuf
salé dont mon coeur est la couane.
L'acassan au sirop qui coule en ma
gargane.
Tu es un plat fumant, diondion avec du riz,
des akras
croustillants et des thazars bien frits.
Ma fringale d'amour te suit où que
tu ailles ;
ta fesse est un boumba chargé de victuailles.
Emile Roumer
(1903-1988)
Sacrifice
Sous le ciel, le tambour conique se lamente
Et c'est l'âme même du
noir :
Spasmes lourds d'homme en rut, gluants sanglots d'amante,
Outrageant le calme du Soir.
Des Quinquets sont fixés aux coins de
la tonnelle,
Comme des astres avilis.
L'ombre sue un parfum de
citronnelle
Séchée à l'acajou des lits.
Et moment, par moments, du
houmfort tutélaire,
Parmi des guirlandes d'encens
Les bêlements du bouc
qui, dans la brise, flaire
L'odeur prochaine de son sang
Cannibale
Ce désir sauvage, certain jour,
De
mêler du sang et des blessures
aux gestes contractés de l'Amour,
Et de
percevoir, sous les morsures
qui perpétuent le goût des baisers,
Les
sanglots de l'amande, et ses râles !
Ah ! vieux instincts inapprivoisés
De quelques ancêtres cannibales !
Leon Laleau (1892-1979)
poèmes extraits de « Musique
Nègre »
ÉVIDENCE D'UN CABICHA
Le canal d'août faisait
Barbu barbelé
Un songe d'herbes
De bananeraie
De coupole bleue.
Des mangues persuasives
Des
goyaves aigrefines
Mon bel ange révolté ô Raisonneur
C'était la mode
annuelle
Mais on lynchait encore en Virginie
Et j'avais grand goût de
toi Liberté
Une brise équivoque
Trancha la question
Elle
m'induisit dans le vert de midi
Et la nonchalance chevelue
Et cette
douceur de cuisses fraîches.
Puis séché
Au gré de la sucrerie
Je
m'enfonçai corps et biens
Dans un lit de café doux
Comme un sein de
nourrice noire
Je pensais t'enseigner la bienveillance
Mais ce
n'était qu'un amour de fumée
Au réveil on n'était plus là
Croyez-moi si
vous avez souffert
Au pays du Bondieu bon
Ne le dites à personne.
Philippe Thoby-Marcelin
(1904-1975)
Extraits de (A fonds perdu)
Benoit
Après le bain
Nane sourit toute belle
en montrant ses deux jolies
dents
blanches.
Sa robe bleue, légèrement
plus basse que ses hanches
laisse voir deux petites
cuisses
toutes roses, sillonnées
de
nombreux replis.
Elle vient de prendre son bain,
Nane,
et sa bonne
la poudrerise,
l'embrasse
ici, là, là, puis
sous le bas-ventre.
C'est bon, c'est doux
ça chatouille bébé
qui
dans la bouche de
sa nourrice
en riant
"fait pipi"
Daniel Heurtelou
(1906-)
CE PEUPLE
C'est un pays sans rouge et fard,
un pays tout noir,
et
on ne peut être plus simple que ces
gens-là,
ces gens, je les appelle,
ne t'en déplaise,
on ne peut être plus vrai.
Il y avait de tout sur
le chemin,
leur chemin menant nulle part,
et c'était toujours la même
histoire,
la même si connue de leur "pauvre hère" :
à force de charité
sa main n'était plus sienne.
J'ai pénétré dans leur sanctuaire
tout
rempli de vieilles images.
Ils vivaient avec les dieux,
les anges et
tous les saints.
Mais le miracle, c'était toujours
pour la semaine des
quat'jeudis,
et, dans leurs contes à eux,
les fleurs ne parlaient pas.
... Ce soir comme tant de soirs
Elle avait des yeux d'amande
et
une bouche de tous les sorts,
son sourire dérivait au fil de l'amertume,
pas de gué et pas de passe,
de passe, en connais-tu, par chance
Et
si son amour vaut bien deux gourdes,
alors les seins peuvent bouger
sous
le poids de ses mystères.
Elle regardait au loin
ne regardait rien.
Et quand je l'eus prise par la main,
sa main paresseuse de lendemains,
elle ne put dire si c'était un songe
ou un mensonge,
car, des ses
yeux à elle,
le ciel n'était pas bleu.
Anthony Lespès
(1907-1978)
(Contrechamp)
Bouche de clartés
Ma bouche folle de systèmes
Folle
d'aventures
place de balises
aux virages les plus dangereux
Ma
bouche noire de misère
de salive noire
noire de nuit noire
boit son bol
de clartés
Ma bouche enceinte de chansons
enceinte de couleuvres
de
mon premier cri d'enfant
tient des propos
qui scient la lune en
deux
Et c'est ma bouche
pleine de rumeurs
qui dit aux hommes
la
peine d'un monde
qui s'ouvre les veines
René
Dépestre
Haïti
poètes noirs, poèmes haïtiens.
Au
pipirite chantant le paysan haïtien a
foulé le seuil du jour et dessine dans l’air, sur les pas du soleil, une image
d’homme en croix étreignant la vie
Puis bénissant la terre du vent pur de ses
vœux, après avoir salué l’azure trempé de lumière, il arrose l’oraison de la
montagne oubliée, sans faveur, sans engrains
Au pipirite chantant
pèse la menace d’un retour des larmes
Au pipirite chantant les
heures sont suspendues aux lèvres des plantations
Et si revient hier que
ferons nous ?
Et le paysan haïtien enjambe chaque matin la langue de
l’aurore pour tuer le venin de ses nuits et rompre les épines des
cauchemars
Et dans le souffle du jour tous les loas sont
nommés.
Au pipirite chantant le paysan haïtien, debout, aspire
la clarté, le parfum des racines, la flèche des palmiers, la frondaison de
l’aube
Au pipirite chantant chaque goutte de rosée, chaque
branche frémissante, le vent caressant les tonnelles sont messagers des
esprits
Au pipirite chantant la tristesse peint le cœur
L’espoir
lui même est sulfureux
La campagne avive les mystères
Elle traque déjà ses
morts
Son ventre est gros de portées de soucis
Les morts grandissent sous
les vivants
Et la plaine d’Haïti a reçu son brin d’eau
L’eau de la source
amenée par les canaux
L’eau du ciel comme un toit de rosée
L’eau des yeux
d’un enfant sans pain
Le sang d’une mère happée par le délire
Couleur,
saveur, odeur ont voltigé sous la machette du
paysan
(.....)
Au pipirite chantant avec l’eau vive de
mes rêves j’efface les graves promulgations issues des rives du profit
Et mon
propos, lié à ma source, bâillonne l’écume de toutes les eaux étrangères , de
tous les cris de convenance et chausse l’irrévérence pour fouler le brouhaha de
tous les mots d’ailleurs.
Jean
Métellus
jean bruno louisius
Geôle - poème
dédicacé à feu Daniel Arty
Absurde l'air de
croire
qu'un peu de sève
coule dans la veine de l'arbre
Voir
clair
Absurde si le geste joue à faux
dans la danse des momies
Pourtant
le sang giclant de tes mains
germera
Ton cri passera l'orage
mais ce
n'est pas de nos cœurs
desséchés par la peur
que surgira l'écho
Je
crois fertile tout sacrifice
même si nous tournons en rond
quand ton dire
séditieux
appelle une levée de bras
Nous avons gréé sur la peur
Je ne
chante pas dans l'orage
de nos jours absurdes
Lâcheté ou peur de vivre
l'horreur des fauves
Je savais déjà que ta voix dans la houle
ignore les
chemins de la moisson
Ils ont fermé la ville
pour torturer des
ombres
L'amour est interdit
Car il n'est pas juste d'aimer
parmi les
contempteurs du rêve
Déjà nous avons reçu l'ordre d'incinérer la
joie
(...)
J'ai vu le jeune piquet taciturne
Il ose parler
Son
casque rutile
Laissez souffler le vent
Ligoté
ulcéré
épiant l'heure
du lancer
Ses yeux distillent le feu
Sa voix nue retentira
Nous n'avons
pas eu peur
de dormir sous les clous du mépris
Tous les bras
cinglants...
René
Bélance
Jérémie
Jérémie
remonte des eaux
à mi-jambes dans la mer
chevelure bruyante
d’oiseaux
visage marqué de taches de rousseur
fille de sel
adossé à
l’arbre verdoyant
de l’adolescence éternelle
voiles au vent des
rêves
chevaux galopants du désir
carrousel de l’amour
fillettes
superposées
chacune devient visible
à travers la vitre de la vie
dont
je remonte le cours
jusqu’à celle
qui efface tout ce qui n’est pas
elle
oeuvres incomplètes
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