Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /2009 13:52
Sahara


De quem me escondo?


Aguadeiro

 

Jean Sénac traduit en portugais


Ce qui avait de commun entre Jean Sénac et ma mère ?

 

 

Ce qui avait de commun entre Jean Sénac et ma mère ?

- Maman est née au Portugal en 1927 et mourut à quarante sept ans.

Jean Sénac lui est né en 1926 à Béni Saf (Oran), et mourut aussi à quarante sept ans.

                    

Ils venaient tous les deux d’un Pays de soleil…

Ils aimaient tous les deux les hommes et la terre. Tandis que Jean S. écrivait, maman

lisait. Elle aimait la poésie !

 

Alors que lui était un auteur de graphie francophone, maman avait appris l’espéranto

comme langue de survie…m’ayant incitée à faire autant. Sauf que moi je n’ai gardé

que des broutilles d’espéranto, qui se sont diluées dans le temps.

 

Ils étaient tous les deux attachés à leur Patrie, tout en étant assis sur les fenêtres

ouvertes sur le monde.

 

Ni l’un ni l’autre ne se sont pliés aux dominateurs. L’un est allé se battre aux cotés des

siens, l’autre s’étant placé sur une des rives du fleuve. Alors, parce que j’aime l’écriture

de Sénac, ces mots de lui vont à ma mère qui me regardera du ciel, assise sur une étoile.

 

Rosario Duarte da Costa

Copyright

30/10/2009

 

AVEC LES  CINQ SENS CONQUERIR LES AUTRES

Com os cinco sentidos conquistar os outros

 

As palavras invadiram-me, ligotaram-me.

Eu acreditava ser livre. Eles viraram-me; eles circulavam

De um a outro membro, das unhas às vértebras, do coração

À lua, este império

Onde eu reino sem olhar, sem estar, milenários depois

Tão seguro que a minha pele.

O tempo...(Silêncio)...

 

Tu querias engordar-me (como antes)!

No fundo do verbo reconciliado

Com a minha forma,

Partir

Para os reais sujeitos,

Abandonar este sonho vago

Para entrar no Corpo Inteiro.

Tu querias...O mar encaixa-se na minha boca,

Placa de medusas sobre as minhas frases informuladas ( as verdadeiras!),

Envergonha-me.

O céu substitui todo este azul! Sedução! Conjugações

tapadas!

 

As cordas no cais há muito tempo enferrujadas

-Por vezes as crianças acordam e o seu concerto

Incha à noite de figuras inquiétas.

No universo de l’Entre onde eu recolho os meus ossos dentro das asas

Eu encontro-os contudo, de uma beleza insustentável,

Adolescentes cuja memória provoca um orgasmo domesticado

-Um jacto até ao trono de Deus!

 

 Eu encontro as minhas palavras, a sua guarda vermelha habita-me, a sua fantasia

     desaltera-me,

Tudo passa da invasão ao acolhimento. E lá...

uma palavra que seja o sorrir da palavra!)

 

Tu querias ( como no Tassili recomeçar o meu  fresco!)

Queimar estas línguas que me povoam desde a pedra,

Partir as pedras gravadas que me tapam os ossos,

Roubar do meu próprio silêncio

Para o teu silêncio (estes sons que me entram pelos poros)

Tu querias...Mas a deploração é mais forte do que a fabla,

Alguns estilhaços são suficientes para desintegrar o homem no poema.

Jean Sénac

( Avant-corps, Gallimard, 1968)

Traduction : Rosario Duarte da Costa


 

Jean Sénac

Par Michèle Poulalier

Ed. AUED, Valence, Études drômoises, revue trimestrielle,
n°24 de décembre 2005 pp. 32 à38

Résumé d'après l'article

 
 

Jean Sénac, été 1951     photo T. Saulnier
( Coll. bibl. de l'Alcazar, Marseille)
 

Jean Sénac naît le 29 novembre 1926 à Béni-Saf, en Oranie, de Jeanne Comma et de père inconnu. En 1929, Jeanne Comma épouse Edmond Sénac, qui reconnaît Jean. Mais toute sa vie celui-ci poursuivra sa quête du père « Je reviendrai sans cesse sur le père. Il est ma soif, mon néant…» En recherche d’identité, il signera d’ailleurs sous différents noms.
En 1943, il obtient son Brevet Élémentaire et en octobre, il est instituteur à Mascara.
En 1944, il s’engage dans l’Armée de l’air à Blida ; après sa démobilisation, en mars 1946, il s’établit à Alger.
Il y fréquente l’Association des Écrivains Algériens et anime le cercle artistique Lélian.
Il est hospitalisé en 1947 au sanatorium de Rivet, près d’Alger, d’où il écrit sa première lettre à Albert Camus, début d’une longue correspondance qui prendra fin 12 ans plus tard.
Jusqu’en 1954, il intègre ou anime différents clubs, radios, associations, revues, tous animés d’un idéal d’espoir et de recherche. Il écrit quelques poèmes (Alger de l’Aube)
Mais surtout fait des rencontres : Mohammed Dib, Kateb Yacine, Mouloud Feraoun, Jean Daniel…

 

Durant les sept années de guerre, il reste à Paris, hébergé par des amis, militant activement en faveur de l’indépendance de l’Algérie, publiant, organisant des conférences.
En mai-juin 1959, son ami Georges Ladrey, peintre, l’invite à venir « se requinquer » à Châtillon-en-Diois, dans la Drôme. Quelques semaines plus tard, le voila propriétaire de la Maison du Berger, son installation est relatée dans Le Progrès de Lyon du 13 août 1959 par le journaliste Jean Oddoz : « … car à Châtillon, Jean Sénac avait retrouvé, avec un ciel d’azur, ce grand soleil tout rond et tout joyeux qui accompagne chacun de ses poèmes. »

 

Châtillon-en-Diois, juin 1959
 

Dans le Diois, Jean Sénac rencontre, entre autres, Henry Miller, alors en séjour à Die.
Il publie Le Torrent de Baïn  et écrit une grande partie du roman L’ Ébauche du Père.
L’exil dont il a tant souffert prend fin, le 30 septembre 1962 à son retour à Alger.
Il se rallie rapidement au nouveau pouvoir et, comme il l’écrit à so amie Simone Girard, mène une vie débordante d’activités : affaires culturelles, comité pour la reconstruction de la bibliothèque de l’Université d’Alger, Union nationale des Écrivains et Artistes, éditions, radio, télé…

 

Carte de vœux adressée à Simone Girard
 

Mais, influent auprès de la jeunesse algérienne, Sénac finit par déranger.
Avec l’arrivée de Boumédienne au pouvoir commence sa disgrâce. Victime de calomnies, d’injures, il est violemment attaqué dans la presse.
Dans la nuit du 29 au 30 août 1973, la police algérienne découvre le cadavre de Jean Sénac dans la minuscule cave-vigie (le terme est de lui) du 2 rue Élysée Reclus.
Le mystère qui a entouré cette mort reste entier.
Il est enterré le 12 septembre dans le cimetière d’Aïn-Bénian, tout proche d’Alger, face à la mer, en l’absence de tout représentant officiel…

 

 

 

Photos de Carlos Norton Mexedo www.olhares.com

Par Rosario Duarte da Costa - Publié dans : Poésie - Communauté : Les Grands Poètes
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