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Marguerite Duras, pseudonyme de Marguerite Germaine Marie Donnadieu, est une écrivaine et cinéaste française, née le 4 avril 1914 à Gia Dinh, faubourg au
nord de Saïgon, alors en Indochine, morte le 3 mars 1996 à Paris.
Son œuvre se distingue par sa diversité et sa modernité qui renouvelle le genre romanesque et bouscule les conventions théâtrales et
cinématographiques, ce qui fait de Marguerite Duras une créatrice importante, mais parfois contestée, de la seconde moitié du XXe siècle.
En 1950,
elle est révélée par un roman
d'inspiration autobiographique, Un barrage contre le Pacifique. Associée au mouvement du
Nouveau Roman elle publie ensuite régulièrement des romans qui font connaître sa voix particulière avec la déstructuration des phrases, des personnages, de l'action et du
temps, et ses thèmes comme l'attente, l'amour, la sensualité féminine ou l'alcool. Par exemple Le Marin de Gibraltar (1952), Les Petits Chevaux de Tarquinia (1953), Moderato Cantabile (1958),
Le Ravissement de Lol V.
Stein (1964) ou Le Vice-Consul
(1966). Elle rencontre un immense succès public avec L'Amant, Prix
Goncourt en 1984, autofiction sur les expériences sexuelles de son adolescence dans l'Indochine des années trente, qu'elle réécrira en 1991 sous le
titre de L'Amant de la Chine du
Nord.
Elle écrira aussi pour le théâtre, souvent des adaptations
de ses romans comme Le Square paru en 1955
et représenté en 1957, et pour le cinéma : elle écrit en 1959 le scénario et les dialogues du film d'Alain Resnais Hiroshima mon amour dont elle publie la transcription en 1960. Elle réalisera
elle-même des films originaux comme India Song, en 1975,
ou Le Camion en 1977 avec l'acteur Gérard
Depardieu.
L’enfance coloniale [modifier]
Ses parents se sont portés volontaires pour travailler dans les colonies de Cochinchine. Son père, Henri Donnadieu, est directeur de
l’école de Gia Dinh, près de Saïgon[1]. Sa mère, Marie, y est institutrice. Ils ont trois
enfants : Pierre, Paul et Marguerite.
Gravement malade, son père part se faire hospitaliser en métropole. Il meurt en 1921[2].
Bénéficiant d’un congé administratif, son épouse, retourne en métropole avec ses trois enfants. Ils habitent pendant deux ans dans la maison
familiale du Platier, dans la commune de Pardaillan, près de Duras, dans le Lot-et-Garonne. En juin 1924, Marie Donnadieu repart avec ses enfants pour rejoindre sa nouvelle affectation à Phnom-Penh, au Cambodge. Elle ne veut pas y rester et est envoyée
à Vinh Long, puis à Sadec et à Saïgon. En 1928, elle rompt avec cette vie de nomade en achetant une des terres que l’administration coloniale incite à posséder.
Trompée dans son acquisition, elle en sort ruinée et reprend l’enseignement. Cette expérience marquera profondément Marguerite[3] et va lui inspirer nombre d'images fortes de son œuvre (Un barrage contre le Pacifique, L'Amant, L'amant de la Chine du Nord, L'Eden cinéma).
En 1930,
Marie Donnadieu trouve une pension et un lycée à Saïgon, pour que sa fille suive des études secondaires au lycée Chasseloup Laubat de Saigon. Son baccalauréat de philosophie acquis, Marguerite quitte l’Indochine en 1932, et poursuit ses études en France.
À Paris, elle s’inscrit à la faculté[4] où elle rencontre Robert Antelme. Après avoir obtenu son diplôme de sciences politiques, elle trouve un emploi de secrétaire au
ministère des Colonies début juin 1938.
Antelme est mobilisé dans l’armée à la fin de l’été. Marguerite et Robert se marient le 23 septembre 1939. Au printemps 1940 son emploi lui donne l’occasion de co-signer un livre avec
Philippe Roques : L’Empire français, une commande de propagande du ministre Georges Mandel dans lequel elle écrit : On ne peut
pas mêler cette race jaune à notre race blanche et affirme qu'il est du devoir des races supérieures de civiliser les races inférieures (citation de Jules Ferry).
Marguerite Duras ne se reconnaitra pas dans ce livre signé Marguerite Donnadieu (Dominique Denès : Marguerite Duras, écriture et politique, L'Harmattan, Paris, 2005). Elle
démissionne du ministère en novembre 1940.
Dans la capitale occupée, Robert est engagé à la préfecture de police de Paris. Le couple s'installe rue Saint-Benoît, dans le quartier de
Saint-Germain-des-Prés. Marguerite est enceinte. Elle accouche d'un garçon mort-né dont elle ne saura jamais faire son
deuil. En 1942, elle trouve un emploi au
Comité d’organisation du livre [5] où elle fait la connaissance de Dionys Mascolo, qui devient son amant. Au mois de décembre,
elle apprend la mort de son frère Paul, en Indochine.
En 1943,
l’appartement du couple devient vite un lieu de rencontres d’intellectuels où l’on discute littérature et politique. Marguerite se met à écrire et publie son premier roman
Les Impudents. Elle le signe sous le nom de Duras, le village où se trouve la maison paternelle. Elle rejoint la résistance avec Robert et Dionys, dans le réseau dirigé
par François Mitterrand (alias Morland). Le 1er juin 1944,
leur groupe tombe dans un guet-apens. Robert est arrêté par la Gestapo. Secourue par Mitterrand, Marguerite Duras réussit à s'échapper. Au lendemain du débarquement des alliés, elle
apprend que son mari a été emmené à Compiègne
d’où partent les trains pour les camps de concentration.
À cette époque, l'attitude de Marguerite Duras à l'égard de la collaboration est
ambigüe. Elle fréquente, professionnellement, l'écrivain pro-hitlérien Ramon Fernandez (dont la femme Betty sera
un personnage de son livre L'Amant), le Sonderführer Gerhard Heller,
membre de la Gestapo et elle est la maîtresse de Charles Delval (elle a tenté de le séduire pour sauver son mari), un agent de la Gestapo qui a fait arrêter son mari. À la
Libération, alors qu'elle a rejoint les rangs de la Résistance, elle le fera arrêter et condamner à mort. En août, Paris se libère. C'est à cette époque que sont
écrits Les Cahiers de la Guerre qui serviront de contenu au livre La Douleur, publié en 1985. À l’automne elle s’inscrit au Parti communiste français. Son nouveau roman, La Vie tranquille, est publié en décembre.
Marguerite attend le retour de son époux. À la Libération, en 1945, aidé par Mitterrand, Dionys va le chercher au camp de
Dachau. Antelme est moribond. Avec le secours
d'un médecin, Marguerite Duras le soigne [6].
Le couple divorce le 24 avril 1947. Marguerite vit avec Dionys. Un fils leur naît, nommé Jean [7], le 30 juin de la même année.
En 1950, le
début de la guerre d'Indochine contraint sa mère à revenir en France. En mai, Marguerite Duras est exclue du PCF. C’est alors qu’elle est révélée par un
roman d'inspiration autobiographique, Un barrage contre le Pacifique, qui paraît en juin. Sélectionnée pour le Prix Goncourt, elle le manque de peu. Nourries de son
enfance, ses œuvres ultérieures ne cesseront de donner forme à son univers asiatique, où des personnages se débattront pour échapper à leur solitude. Elle paraitra ainsi
réécrire sans cesse les mêmes histoires où plusieurs figures obsédantes vont se rencontrer (Anne-Marie Stretter, le vice-consul, la mendiante, l’amant chinois…).
Elle se sépare de Dionys
Mascolo en 1956. Elle rencontre Gérard Jarlot[8], journaliste à France-Dimanche, en 1957, année où meurt sa mère. Jarlot travaille avec elle pour
diverses adaptations cinématographiques et théâtrales. Pour la première fois un de ses romans est adapté au cinéma. Il s’agit de Barrage contre le Pacifique que réalise René Clément [9]. En 1958, elle travaille pour des cinéastes en écrivant le scénario de Hiroshima mon amour avec Alain Resnais puis celui d’Une aussi longue absence pour
Henri Colpi. En automne
1960, elle milite activement contre la
guerre d'Algérie,
notamment en étant signataire du Manifeste des
121. En 1961, sa relation avec Gérard Jarlot prend fin. En 1963, elle achète un appartement dans l’ancien hôtel « Les Roches noires » à Trouville-sur-Mer [10]. Premier succès au théâtre avec Des journées entières dans les arbres, joué
par Madeleine Renaud en 1965. La multiplication de ses talents la fait maintenant reconnaître dans trois domaines : littéraire, cinématographique et théâtral. Elle met en scène des
personnages puisés dans la lecture des faits divers. Elle innove sur le déplacement des acteurs, sur la musicalité des mots et des silences. Fatiguée par l’alcool, elle fait une
cure et s’arrête de boire. Pendant « les évènements » de mai 1968, elle se trouve en première ligne au côté des étudiants contestataires, proteste contre les injustices,
profère des phrases définitives sur le prolétariat.
Marguerite Duras touche alors au cinéma parce qu’elle est insatisfaite des adaptations que l’on fait de ses romans. Son premier film, Détruire,
dit-elle est tourné en 1969. Ce titre
évocateur définit son cinéma : celui du jeu des images, des voix et de la musique. « Ce n'est pas la peine d'aller à Calcutta, à Melbourne ou à Vancouver, tout est dans les Yvelines, à Neauphle. Tout est partout. Tout est à
Trouville […]
Dans Paris aussi j'ai envie de tourner,
[…] L'Asie à s'y méprendre, je sais où
elle est à Paris… » (Les yeux verts). Le 5 avril 1971, elle signe le Manifeste – avec, entre autres, Simone de Beauvoir et Jeanne Moreau – réclamant l’abolition de la loi contre
l'avortement.
Elle tourne ensuite Nathalie Granger, dans sa maison de Neauphle-le-Château, India Song, dans le Palais Rothschild à Boulogne sur la musique de Carlos d’Alessio. Comme dans son travail pour le théâtre, elle réalise des œuvres expérimentales. Par le décalage entre l’image et le texte écrit, elle veut montrer que le
cinéma n’est pas forcément narratif : La Femme du Gange est composé de plans fixes, Son nom de Venise dans Calcutta désert est filmé dans les ruines désertes du palais Rotschild en reprenant sa bande son d'India Song, Les Mains
négatives, où elle lit son texte sur des vues de Paris désert la nuit. La limite extrême est atteinte dans L'Homme atlantique, avec sa voix sur une image
complètement noire pendant trente minutes sur quarante. Après un voyage en Israël, en 1978, elle réalise Césarée, où elle évoque la ville antique sur des images du jardin des Tuileries.
Duras vit alors seule dans sa maison de Neauphle-le-Château. Depuis 1975, elle a renoué périodiquement avec l’alcool. En
1980, elle est transportée à l’hôpital de
Saint-Germain-en-Laye et reste hospitalisée pendant cinq semaines. À son retour, elle écrit à Yann Lemée, un
jeune admirateur rencontré cinq ans plus tôt à Caen — à l’issue d’une projection-débat d’India Song [11]. Après six mois d’abstinence, elle sombre une nouvelle fois dans l’alcool. Serge July, rédacteur en chef de Libération, lui propose d’y tenir une
chronique hebdomadaire tout l’été [12]. Un soir, Yann Lemée lui téléphone. Ils se retrouvent à
Trouville-sur-Mer. Elle
l’héberge, en fait son compagnon et lui donne le nom de Yann Andréa.
En 1981,
elle va au Canada pour une série de
conférences de presse à Montréal et filme L’Homme atlantique en prenant son compagnon comme acteur. Parce que sa main tremble, Yann écrit sous sa dictée La Maladie de la
mort. Elle accepte de faire une cure de désintoxication à l’Hôpital américain de Neuilly en
octobre 1982 [13]. L'année suivante, Duras dirige Bulle Ogier et Madeleine Renaud dans la pièce de théâtre, Savannah Bay, qu'elle a écrite pour cette dernière.
En 1984,
L’Amant est publié et obtient le prix
Goncourt. C'est un succès mondial[14]. Il fait d'elle l'un des écrivains vivants les plus lus. En 1985, elle soulève l’hostilité et déclenche la polémique en prenant position dans une affaire judiciaire qui captive
l'opinion publique : l’affaire
Grégory. Dans une tribune du quotidien Libération du 17 juillet, elle se montre convaincue que la mère, la
« Sublime, forcément sublime Christine V. », est coupable du meurtre de son enfant, trouvé noyé en octobre 1984 dans la Vologne. De nouveau prisonnière de l’alcool, elle tente en
1987, de donner une explication à son alcoolisme
dans son livre, La Vie matérielle.
Les cris et le silence [modifier]
L'Amant devient
un projet de film du producteur Claude Berri. À la demande de ce dernier, elle s’attelle à l'écriture du scénario, bientôt interrompu par une nouvelle hospitalisation. Elle reste six mois dans le coma.
Pendant ce temps, le réalisateur Jean-Jacques
Annaud est contacté. Il accepte de réaliser le film et se met à en faire l’adaptation. Marguerite Duras sort de l’hôpital en
automne 1989 et reprend le projet en cours
en rencontrant le cinéaste. La collaboration tourne court et le film se fait sans elle. Se sentant dépossédée de son histoire, elle s'empresse de la réécrire : L'Amant
de la Chine du Nord est publié en 1992, juste avant la sortie du film. Duras a désormais des difficultés physiques pour écrire. Cependant, d’autres livres paraissent ; ils sont dictés ou
retranscrits. Yann recueille ses mots pour un ultime livre qui paraît en 1995 sous le titre : C’est tout.
Le dimanche 3 mars 1996, à huit
heures, Marguerite meurt au troisième étage du numéro 5 de la rue Saint-Benoît. Elle allait avoir quatre-vingt-deux ans. Les obsèques ont lieu le 7 mars, en l’église
Saint-Germain-des-Prés
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